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CHRONIQUE
DE XIAO-MINH LE CHAT
Traduction
Monique Benoit-Kwan
Bonjour
,miaow et prrr!
Suis-je
en pleine forme?Je voulais continuer le sujet du mois dernier
mais
je vous avoue que j’ai un peu oublié la philosophie
aujourd’hui...
Il
m’arrive tellement de choses!
J’y
reviendrai car vous le savez maintenant:Je suis un chat
philosophique et intellectuel par le fait même.
Que
vous disais-je? Ah oui! Je suis bousculée. J’ai essayé
de faire mon territoire jusqu’en haut de chez moi.
Ces
pauvres félins,un blanc et un bariolé dont je ne
connais pas le nom sont chez eux et ne sortent presque jamais,ne
serais-ce que pour se refroidir le bout du nez et des pattes
certains matins. Je leur fais au travers de la porte patio qui donne
sur la cuisine de leur logis, des rebiffades à n’en plus
finir. Vous savez lorsqu’on se mesure à ceux ou celles qui
empiètent sur notre territoire? Mais voilà le problème.Ils
sont chez eux!
Alors
leur maîtresse a placé la poubelle,des pots de plantes
et autres objets encombrants pour ne plus que j’aille près
de la porte. Je dois maintenant contourner tous ces obstacles...au
risque de tomber du deuxième étage et de me retrouver
étendue sur la corde à linge de mes maîtres!
Quelle
affaire. Je suis vexée,humiliée.
Mais
cela n’est rien. Mes maîtres essaient d’être délicats,de
ne pas en parler devant moi mais je sens qu’il se passe quelque
chose de bien pire encore que ces petits problèmes quotidiens.
À leur insu, j’ai surpris une conversation que je n’ai
pas du tout appréciée. Ils partent en Chine et veulent
me laisser avec ces intrus(en considérant qu’ils sont dans
mon territoire)qui vivent en haut.
Mes
maîtres connaissent la dame et sa fille. Ils semblent même
en bons termes,eux.
Misère!
Je vais perdre la face. Je devrai vivre dans LEUR territoire et
m’adapter à eux...Je devrai parler leur langage,manger leur
nourriture,me coucher en ne fermant qu’un oeil,les deux oreilles
dressées,aux aguets. Je sais que le plus gros court après
la petite blanche.Va-t-il me faire subir le même sort?
Je
suis inquiète et je ne sais pas comment dire à mes maîtres
que je ne veux pas qu’ils partent. Ils ont dit qu’ils vont
adopter une enfant là-bas. Encore des souffrances que je
devrai endurer? Me faire tirer les moustaches et prendre par les
pattes,la tête en bas? À mon âge honorable, je ne
le supporterai pas.
De
plus,j’ai toujours été «l’enfant» de
mes chers maîtres! Je ne les comprends plus. Je ne sais plus
quoi penser. Je crois bien que mon intelligence me dicte de
m’adapter,de m’intégrer,de me faire à l’idée
que tout sera changé,que ma vie prendra un nouveau tournant.
Mais,vous
le savez vous ,les humains;devant l’inconnu,on ne sait plus ce
qu’on doit faire et devant le changement,on hésite et on a
peur.Cela vous est sans doute déjà arrivé.
Vous
comprenez maintenant un peu mieux mes raisons pour ne pas vous avoir
parlé aujourd’hui de la suite de ma première
chronique. Je n’avais pas la tête à ça.
D’ailleurs,
qu’est-ce qu’elle a ma tête? Ça fait plusieurs fois
que je passe et repasse devant ce miroir de la salle de bains pour
boire au robinet et que je vois cette image perplexe, ces yeux en
forme de points d’interrogation et ces moustaches frisées
vers le haut,conséquence de mes nuits agitées de
sommeil...
Pensez-vous
que je m’adapterai à cette nouvelle vie?
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